Quand on enferma un homme dans un zoo

Le 8 septembre 1906, Ota Benga, un pygmée originaire d’Afrique, est placé dans un enclos du zoo du Bronx à New York, dans l’espace Monkey House réservé aux singes. On l’enferme ainsi dans le cadre d’une exposition consacrée à l’évolution humaine et ses « races », dans une Amérique du début du XXeme siècle où la question du chainon manquant dans l’évolution humaine est sur les lèvres de tous les scientifiques.

La vie du jeune Ota Benga de la tribu des Mbuti est bouleversée lorsque des troupes de la Force Publique congolaise attaquent son village, tuant sa femme et ses enfants avant de le capturer. Il est finalement vendu comme esclave à un village de Bashilele, une autre tribu de la région, et fait alors la rencontre de Samuel Verner un missionnaire américain envoyé en Afrique afin de ramener des autochtones pour l’Exposition universelle de 1904. Ce dernier l’achète ainsi que d’autres pygmées, qui embarquent pour la Louisiane où ils vont devenir l’attraction phare de l’exposition de Saint-Louis, et en particulier Ota Benga qui intrigue beaucoup les visiteurs, n’hésitant pas à lui donner des pièces de monnaie pour qu’il montre ses dents qu’il a aiguisé à la suite d’un rituel décoratif dans sa jeunesse. Après ce premier succès, Verner raccompagne le jeune pygmée en Afrique où il reprend le cour de son existence brièvement, avant de finalement décider de repartir avec lui aux Etats-Unis. Son tuteur décroche un travail dans le Museum d’Histoire Naturelle de New York, où désormais il travaille en compagnie du pygmée, à qui on demande de jouer à l’autochtone dans un faux décor reproduisant la savane africaine. Bien qu’enthousiaste au début, le jeune homme finit rapidement par éprouver frustration et tristesse de n’être qu’une attraction, et finalement, grâce aux contacts de son protecteur Verner, il est engagé dans le zoo du Bronx comme soigneur animalier.

Ota_Benga_(American_Museum_of_Natural_History)

D’abord libre de se déplacer dans tout le parc, les propriétaires de l’établissement saisissant l’opportunité d’avoir un pygmée dans leur établissement le parquent dans un enclos comme un animal en 1906.
James Gordon, révérend afro-américain, prends les choses en main et milite pour que soit libéré le pygmée qui est traité une nouvelle fois comme une attraction, et parvient à faire plier les propriétaires du zoo. Bien qu’une nouvelle fois frustré et triste de la situation dans laquelle il s’est retrouvé, Ota Benga décide de rester aux Etats-Unis pour y tenter sa chance, et son protecteur Verner le place dans un orphelinat pour hommes de couleurs où il parfait son anglais, et s’arrange même pour que lui soit posé des couronnes dentaires pour faciliter son insertion. Le jeune homme tente tout pour s’intégrer dans la petite ville de Lynchburg en Virgnie où désormais il habite, et parvient à se faire des amis à qui il enseigne son savoir sur la nature, et travaille dans une usine de tabac où il se démarque avec ses talents de grimpeur. Mais malgré ses efforts pour s’intégrer, il finit par s’isoler, et lorsqu’il perd tout contact avec son ami Samuel Verner, il envisage de repartir au Congo. Mais la Première Guerre mondiale met fin aux croisières en direction de l’Afrique, et Ota Benga, fatigué de ses 12 ans passés aux Etats-Unis, tombe dans une grave dépression.

Après avoir retaillé ses dents dans leur état qu’elles avaient à son arrivée sur le sol américain, Ota Benga se donne la mort le 20 mars 1916.

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