Quand on traita la folie comme une maladie

Le 13 mai 1795, le docteur Philippe Pinel entre en fonction à l’hôpital de la Salpêtrière, et décide de délivrer les aliénés de leurs chaines, qui étaient jusque là traités tels des prisonniers. Alors que sous l’Ancien Régime, les malades mentaux étaient considérés de la même façon que les délinquants et les marginaux et enfermés en prison sous les mêmes conditions, le XIXème siècle est l’époque qui verra le regard sur la folie se transformer. Au début du siècle se créent les premiers asiles où ils sont désormais séparés des autres prisonniers, posant les bases de ce qui mènera à l’avènement de la psychiatrie moderne.

Tony Robert-Fleury (1838-1911), Le docteur Philippe Pinel faisant tomber les chaînes des aliénées à la Salpêtrière,huile sur toile.
Tony Robert-Fleury (1838-1911), Le docteur Philippe Pinel faisant tomber les chaînes des aliénées à la Salpêtrière ,huile sur toile.

Le docteur Philippe Pinel est l’un des principaux acteurs de ce changement, puisqu’il fut l’un des premiers à considérer les malades mentaux comme des sujets moraux à part entière qui avaient été victimes d’atteintes physiologiques causées par les émotions et à affirmer que ceux-ci pouvaient être soignés. Nommé à la tête du service des aliénés de la célèbre prison de Bicêtre près de Paris en 1793, il prendra la décision de libérer les malades mentaux de leurs chaînes pour leur appliquer un traitement plus humanisant, secondé par le célèbre infirmier Jean-Baptiste Pussin.

En 1795, il fut nommé médecin-chef de l’hôpital de la Salpêtrière, qui était alors un hospice destiné à enfermer les mendiantes, les aliénées ou bien encore les prostituées, loin de correspondre à la définition moderne qu’on se ferait d’un hôpital. Tout comme à la prison de Bicêtre, il délivra également les aliénées de leurs chaînes, un moment qui a été retranscrit plusieurs décennies plus tard par le peintre Tony Robert-Fleury, de la même manière que Charles-Louis Mullet avait représenté en peinture la libération des aliénés de Bicêtre. Dans les années qui suivirent, rejoint par Pussin, il réorganisa l’hôpital et publia deux traités sur l’aliénation mentale, en tentant de classifier les différents troubles qui en étaient à l’origine pour pouvoir appliquer aux malades des traitements moraux adaptés. Il mit fin aux saignées sur les malades mentaux, et développa l’idée selon laquelle les aliénés pourraient être soignés par des paroles, devenant ainsi le précurseur de la psychiatrie, 50 ans avant la naissance de Sigmund Freud.

Ses idées furent reprises par la suite par Jean-Etienne Esquirol, père de la psychiatrie française, qui fit voter la loi de 1838 d’après laquelle chaque département serait désormais tenu d’avoir un établissement public spécialement destiné à accueillir les aliénés et qui définissait les modalités d’internement, une loi d’une extrême longévité puisqu’elle est restée en vigueur jusqu’en 1990, soit 152 ans. Elle stipulait également que le séjour durera jusqu’au rétablissement du malade, faisant désormais de la folie une pathologie médicale à part entière qui doit être traitée comme telle. Certaines voix disent que ce changement de paradigme a en réalité simplement modifié les modalités de privation de droits des aliénés, qui restaient soumis au bon vouloir d’autrui en la personne des médecins, mais il est bon de rappeler que même si les asiles psychiatriques ont pu être des lieux de restrictions excessives des libertés et ont donné lieu à de nombreux abus, la reconsidération des aliénés comme des patients malades et non plus des fautifs reste une évolution majeure pour la société.

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