A quel point l’absinthe faisait-elle scandale?

Expression que l’on attribue à Oscar Wilde- la fée verte, désignant l’absinthe, est la boisson emblématique du XIXème siècle et de la Belle-Epoque. Pourtant, sa forte teneur en alcool, aux alentour de 70°, et sa réputation sulfureuse en ont fait l’une des  boissons les plus controversées de l’Histoire. 

Déjà citée par certains écrivains et philosophes dans l’Antiquité, l’absinthe est inventée dans sa composition actuelle à la fin du XVIIIème siècle et est d’abord préconisé pour ses vertus médicinales. C’est au retour des soldats envoyés lors de la conquête de l’Algérie par la France en 1830, lors de laquelle on distribuait ce breuvage aux troupes afin de faire passer les désagréments de la malaria et de la dysenterie, que la boisson se démocratise et devient un produit de masse qui déchaînera les passions tout au long du siècle.

Consommée aussi bien par les ouvriers décrits dans les œuvres d’Emile Zola ou des frères Goncourts que par les milieux bohèmes des grandes villes, on lui reconnait alors la capacité de stimuler l’imagination des artistes et des écrivains, à l’instar d’une muse féminine qu’il faudrait boire jusqu’à la lie pour trouver l’inspiration .

Albert Maignan (1845–1908), La muse verte, 1895, huile sur toile, Musée de Picardie, Amiens.
Albert Maignan (1845–1908), La muse verte, 1895, huile sur toile, Musée de Picardie, Amiens.


Alors parfaitement autorisé, ce spiritueux fascinant est immortalisé par de nombreux artistes dans leurs toiles, avec comme pionner Edouard Manet dans Le buveur d’Absinthe (1859), mais aussi Edgar Degas dans son tableau tout simplement intitulé L’Absinthe (1876), qui représente Ellen Andrée et Marcellin Desboutins au café La Nouvelle Athènes, le tchèque Viktor Oliva dans Le buveur d’Absinthe (1901), ou bien Pablo Picasso dans La buveuse d’absinthe (1901).

Bon nombre d’artistes fréquentant âprement les bistrots et le monde de la nuit dont ils ont livré une vision éclairante dans leurs œuvres étaient connus pour leur addiction à ladite boisson, comme Henri de Toulouse-Lautrec et bien sûr Vincent Van Gogh. Mais aussi des poètes, comme Baudelaire ou encore Verlaine, qui n’hésitaient pas à expérimenter différents stupéfiants pour échapper à la monotonie du monde réel et trouver une inspiration salvatrice ont retranscrit dans leurs textes la fascination morbide dont l’absinthe faisait l’objet, en grande partie liée à sa couleur si particulière.

tableau le buveur d'absinthe de Viktor Oliva
Viktor Oliva (1861-1928), Le buveur d’absinthe, 1901, huile sur toile, Café Slavia, Prague.


Néanmoins, dès les débuts de la IIIème République, l’absinthe commence à susciter la défiance des médecins et des autorités, et on l’accuse de provoquer des accès de folie qui ont effectivement été expérimentés par Toulouse-Lautrec, Van Gogh ou encore Verlaine. Même si les moyens médicaux d’alors ne peuvent établir de causalité certaine entre ces dérèglements psychiatriques et la consommation de ladite boisson, le combat contre l’absinthe est étayé par des chiffres vertigineux, puisqu’aux alentours de 1910, les médecins établissent que celle-ci serait responsable de 20% des cas de folie.


A la demande répétée de plusieurs ligues antialcooliques, dont la première est fondée dès 1872 par Louis Pasteur, ainsi que de politiciens comme Georges Clémenceau,l’absinthe est interdite en France en 1915, et la plupart de ses fabricants se reconvertissent alors dans la production d’anis. A nouveau autorisée en France en 1988 et réintroduite dès 1999 sous l’intitulé « spiritueux aux liqueurs d’absinthe », sa production et son dosage font aujourd’hui l’objet d’un encadrement strict. C’est seulement depuis 2011 qu’elle peut à nouveau être commercialisée sous le nom d’absinthe.

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