Quand on inventa le train

Le 27 septembre 1825, la Locomotion No 1 tracte le premier train de passagers sur une voie ferrée reliant Stockton et Shildon au Royaume-Uni. Cette locomotive à vapeur est loin d’être la première de l’Histoire, précédée 20 ans auparavant par celle de Richard Trevithick, tout comme elle ne fut pas la plus rapide ou la plus fiable, mais ce voyage inaugural marque la naissance d’une révolution dans la société: les lignes de chemin de fer.

Bien que le principe de tracter les véhicules sur des voies dédiées remonte à la Grèce Antique, avec le diolkos qui permettait aux navires de franchir l’isthme de Corinthe, l’invention des chemins de fer ne fut que bien plus tardive,  à cause du matériau révolutionnaire utilisé sur ces voies: le fer. Au XVIeme siècle, les rails et les trains existaient déjà: il s’agissait de véhicules miniers tractés ou poussés le long de rails en bois, matériau de choix à cette époque étant donné son abondance, mais qui présentait l’inconvénient de s’user rapidement sous le poids des véhicules et de s’encrasser à tel point que les roues des trains ne puissent plus glisser. C’est au milieu du XVIIIeme siècle, avec l’amélioration de la métallurgie, que le fer devient un matériau disponible en abondance et de choix pour la création de rails.

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La France à l’aube du XIXe

A l’aube du XIXeme siècle et de la révolution industrielle, la France est encore un pays majoritairement rural où les déplacements s’effectuent par le biais des diligences et des malles-postes tirées par des chevaux. Leur lenteur décourage non seulement les voyages, mais elle entrave aussi le commerce économique: ainsi, les malles-postes, destinées à la fois au transport du courrier et de voyageurs, mettent en moyenne, depuis Paris, 47 heures à atteindre Lyon – soit près de deux jours-, 45 heures pour Bordeaux et 72 heures pour Toulouse, soit 3 jours.  En outre, du fait du prix prohibitif de ces modes de transport, au demeurant aussi inconfortables que salissants, les voyages sont réservés à une élite aisée, la seule capable de se les payer.

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Tout comme en Angleterre, les premières lignes de chemin de fer françaises sont construites dans un contexte industriel et destinées au transport du charbon des mines, et c’est pourquoi elles apparaissent d’abord dans les régions minières. En 1827, 2 ans après l’ouverture de la ligne de Stockton-Shildon, la première ligne de chemin de fer en dehors de la Grande-Bretagne est ouverte en France: longue de 21 km, elle relie Saint-Etienne à Andrézieux, dans le bassin du Nord. Mais ce n’est qu’en 1830 que le premier train de voyageurs français relie Givors à Rive-de-Gier en utilisant des wagons dédiés au transport du charbon et encore tirés par des chevaux à l’époque, la technologie des locomotives à vapeur encore balbutiante en France étant réservée au transport de fret, exigeant bien plus de traction.

La démocratisation du train

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Alors que la première locomotive à chaudière tubulaire est mise au point en 1829 par Marc Seguin, permettant d’augmenter la puissance de la traction à vapeur et la rendre viable, il faudra attendre encore huit ans pour que l’épouse du roi Louis-Philippe, la reine Marie-Amélie, inaugure la première ligne destinée au transport de voyageurs, longue de 19 km et qui permet depuis la capitale et le point de départ situé sur l’embarcadère du pont de l’Europe, d’atteindre Saint-Germain-en-Laye, une destination prisées par de nombreux Parisiens désireux de profiter des joies de la campagne le dimanche. Le succès de cette ligne amorce le début de la mise en place progressive de plusieurs grands réseaux nationaux de trains en partance de Paris, dont le plan sera présenté en 1842 par le directeur des Ponts et chaussés et des Mines, Alexis Legrand. Surnommée l' »étoile de Legrand« , ce réseau complexe permet d’atteindre le Nord-Est, la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée depuis Paris, la gestion des lignes étant confiée à différentes compagnies privées régionales (compagnie du Midi, compagnie du Nord…).

A partir des années 1850, prenant conscience de l’importance des chemins de fer dans l’aménagement du territoire, l’Etat français accélère l’installation des réseaux ferroviaires, qui se multiplient dans tout le pays, en particulier dans les régions rurales. Cet aménagement s’accompagne de l’ouverture des grandes gares de chemin de fer, mais aussi de la construction d’ouvrages destinés à franchir les obstacles dressés par la nature: des tunnels, comme le célèbre tunnel du Mont-Cenis ouvert en 1871 et qui relie la France à l’Italie, mais aussi des ponts et viaducs comme le célèbre viaduc de Gabarit achevé en 1888 par la société de Gustave Eiffel, un an avant la tour qui l’a rendu célèbre. L’essor des chemins de fer, qui couvrent déjà l’ensemble des régions françaises dès 1870, rend obsolète le transport à cheval pour les longues distances:  la dernière malle-poste, qui reliait Toulouse à Montpellier, cesse son service le 23 août 1857, tandis que la dernière ligne de diligence, opérant entre Rouen et Amiens, est suspendue en 1872.

L’expansion du chemin de fer

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Mais le transport ferroviaire ne s’arrête pas plus aux frontières tracées par les Etats qu’aux frontières géographiques: alors que la première ligne internationale au monde, en partance de Strasbourg et qui rejoint Bâle en Suisse, est inaugurée dès 1841,  à peine 22 ans plus tard, en 1863, la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (un nom un peu bizarre, certes) rattache deux continents à travers une ligne mythique: l’Orient Express, un train formant un véritable hôtel sur rail doté de voitures-salons richement ornées et de voitures-lits, qui relie Paris-Est à Istanbul en passant par Munich, Vienne et Budapest. A l’autre bout de l’Europe débute en 1871 la construction de la plus longue ligne de chemin de fer du monde, tout aussi mythique: le Transsibérien, achevé presque un demi-siècle plus tard en 1916.

A la Belle-Epoque, l’utilisation du train pour parcourir de longues distances est devenue monnaie courante en France comme en Europe et est perçue comme une vraie révolution. Grâce aux locomotives Crampton exploitées en France à partir de 1852 et qui peuvent circuler à plus de 120 km/h, on met désormais 13h pour relier Paris à Marseille alors qu’il fallait auparavant 5 jours de diligence. Mais les améliorations techniques ne cessent de se multiplier: les premières locomotives électriques apparaissent en France dès 1900, et déclenchent une course à la vélocité qui continue encore aujourd’hui avec les records de vitesse des TGV.

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A la veille de la première guerre mondiale, les créations de lignes sont quasiment terminées en France, et les gares des campagnes très fréquentées à la Belle-Epoque vont progressivement se déserter durant les décennies qui suivirent. La Société nationale des chemins de fer, notre SNCF, sera quant à elle créée en 1937 par la fusion de toutes les compagnies privées qui exploitaient les chemins de fer en France.

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2 pensées sur “Quand on inventa le train

  • 15 mars 2018 à 12 h 23 min
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    Bonjour,
    La première ligne inaugurée, fût : Stockton – Darlington, le 27 Septembre 1825.
    Georges Stephenson réalisa la partie rails et son fils peaufinait le locomotive.
    Le 13 Septembre 1830 fût inaugurée celle considérée comme la première ligne ferroviaire au monde, la ligne Manchester – Liverpool
    je vous fais grâce du reste de mes observations
    D.R

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    • 16 mars 2018 à 0 h 26 min
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      Le trajet inaugural eu lieu entre Shildon et Stockton-on-Trees, c’est la ligne qui était appelée Stockton-Darlington alors qu’elle allait bien plus loin que Darlington pour rejoindre les villes minières plus au nord.

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