Quand une princesse fut forcée à boire dans le crâne de son père

 On vous raconte aujourd’hui l’histoire tragique de Rosemonde, une femme mariée à son ravisseur et qui se souviendra longtemps de son repas de noce…

Rosemonde est une princesse barbare qui vécut au VIème siècle, et dont la vie mouvementée – ayant entre autre assisté à la chute sanglante de son royaume-  est rapportée  par Paul Diacre dans son Histoire des Lombards publiée entre 787 et 789. Les Gépides, peuple germanique installé en Europe orientale au niveau du bassin des Carpates, avaient déjà subi l’offensive des Lombards mené du roi Aldoin soutenus par l’Empire byzantin de Justinien Ier dès les années 540,  et avaient assisté impuissants à la défaite du vieux roi Thorisind et à la mort de  son fils aîné, le roi Thorismod, sur le champ de bataille, les forçant à reculer au Nord du Danube.

 Alors qu’après sa défaite, Thorisind avait mené une politique pacifique envers les Lombards, laissant même repartir sain et sauf Alboïn qui avait pourtant tué son fils Thorismod sur le champ de bataille, lorsqu’il mourut et que son second fils, le père de  Rosemonde, Cunimond, accéda au trône, désireux de venger son frère, il reprit les hostilités de plus belle avec les Lombards maintenant dirigés par Alboïn. Cette fois-ci, Alboïn et ses hommes s’allièrent aux Avar et infligèrent une défaite sanglante à Cunimond et ses troupes en 567, qui – les lois de la guerre à cette époque étant ce qu’elles étaient- fut décapité par son ennemi. Rosemonde fut capturée parmi d’autres prisonniers, néanmoins, le roi Alboïn ayant récemment perdu son épouse, il décida de la prendre pour femme et l’épousa de force. Mais, après avoir perdu son oncle et son père et dû épouser son pire ennemi, la pauvre Rosemonde n’était pas encore au bout de ses peines :  lors du banquet nuptial ayant lieu à Vérone, Alboïn, connu pour sa cruauté, lui infligea une abominable humiliation en  buvant dans la coupe qu’il avait faite forger avec le crâne de son père vaincu, Cunimond, et la força à boire à son tour dedans, afin, lui dit-il, de fêter cela avec lui.

Ecole de Pierre Paul Rubens (1577-1640), Alboïn et Rosemonde, 1615, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum.
Ecole de Pierre Paul Rubens (1577-1640), Alboïn et Rosemonde, 1615, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum.

Peu de temps après, Rosemonde, sans doute peu désireuse de complaire à son mari après cet épisode, prit pour amant un écuyer lombard du nom d’Helgemis, et tous deux complotèrent bientôt pour faire assassiner Alboïn, encouragés en cela par l’exarchat de Ravenne voisin. Craignant de ne pas y arriver seuls, ils sollicitèrent l’aide d’un serviteur connu pour sa force,  Peredeo, et, celui-ci ayant dans un premier temps refusé, Rosemonde se déguisa en servante pour lui tendre un piège et avoir des relations sexuelles avec lui de sorte que, ayant fait son roi cocu, le pauvre Peredeo n’eut d’autre choix que d’accepter d’exécuter cette basse besogne. Un soir où son mari revenait d’un banquet et s’écroula ivre mort dans son lit, Rosemonde en profita pour confisquer son épée, de sorte que quand il se réveilla, le roi ne put se défendre qu’à l’aide d’un malheureux tabouret face aux coups portés par Helgemis et Peredeo.  Une fois Alboïn assassiné, Helgemis voulut épouser Rosemonde et se faire couronner  comme nouveau roi, d’après une coutume lombarde selon laquelle la reine veuve choisissait le successeur royal en l’épousant,mais, face à la résistance des ducs de Lombardie, tous deux furent contraints de prendre la fuite avec la fille du premier lit d’Alboïn, Albsuinda, – en prenant soin d’emporter avec eux une partie du trésor d’Alboïn- et ils se réfugièrent à Ravenne, où ils furent accueillis par l’exarque Longinus. Malheureusement, les relations entre Rosemonde et Helgimis tournèrent bientôt à l’orage au moment où celle-ci entama une liaison avec Longinus pour s’assurer de sa protection. C’est ainsi que, pressée par son nouvel amant qui promettait de l’épouser après cela, et décidément toujours partante pour un bon vieux meurtre, Rosemonde planifia d’empoisonner d’Helgimis. Mais alors qu’elle lui tendit la coupe au sortir de son bain et qu’il but une première gorgée, celui-ci comprit le piège qu’elle lui tendait et la força à boire le poison avant de se suicider par le même moyen, les deux amants terribles restant ainsi unis jusque dans la mort. Néanmoins, la véracité historique des évènements à Ravenne se mêle à la légende et reste soumise à controverse, l’historien Grégoire de Tours, contemporain des évènements, affirmant au contraire que les deux amants auraient été tués pendant leur fuite avant d’arriver à Ravenne.

Charles Landseer (1799–1879), L'assassinat d'Alboïn, roi des Lombards, 1856, huile sur toile, collection privée.
Charles Landseer (1799–1879), L’assassinat d’Alboïn, roi des Lombards, 1856, huile sur toile, collection privée.

L’histoire de Rosemonde, sujet mi-historique mi-légendaire, a inspiré de nombreux écrivains et artistes italiens de la Renaissance, parmi lesquels l’écrivain Giovanni Rucellai qui lui consacra l’une des toutes premières tragédies du théâtre moderne, Rosemonde, en 1525, mais aussi les artistes caravagesques, friands de sujets macabres, qui ont immortalisé le clou du banquet de mariage, lorsqu’Alboïn tend le crâne de son père à son épousée horrifiée.

Pietro della Vecchia (1602/1603–1678), Rosemonde forcée à boire dans le crâne de son père, entre 1650 et 1660, huile sur toile, musée des beaux-arts et d'archéologie de Lons-le-Saunier.
Pietro della Vecchia (1602/1603–1678), Rosemonde forcée à boire dans le crâne de son père, entre 1650 et 1660, huile sur toile, musée des beaux-arts et d’archéologie de Lons-le-Saunier.

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4 pensées sur “Quand une princesse fut forcée à boire dans le crâne de son père

  • 10 avril 2018 à 21 h 53 min
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    Article paru le lendemain que le mien sur EtaleTaCulture…
    Pas cool 🙁

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    • 11 avril 2018 à 1 h 31 min
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      Ce sont des choses qui arrivent… Notre article était en brouillon depuis pas mal de temps déjà, c’est une simple coïncidence puisque nous n’avions même pas vu votre article! A bon entendeur 🙂

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  • 20 juillet 2018 à 10 h 33 min
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    Boarf ne t’inquiète pas. Regarde le côté positif : on sait qu’il existe un site EtaleTaCulture que je vais voir de ce pas 😉

    Très bel article sinon 😉

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