L’oracle que personne ne voulait croire : Cassandre

Bien que la guerre de Troie dans la mythologie grecque soit un récit centré principalement autour de héros masculins, tous les  poèmes du cycle troyen possèdent leur lot de personnages féminins qui jouent un rôle parfois majeur. On songe bien évidemment à la belle Hélène, dont le ravissement provoque la guerre entre Troyens et Achéens, ou Andromaque, femme d’Hector. Mais il existe aussi parmi la cour du roi Priam l’une des seules femmes oracles de la mythologie grecque, Cassandre, dont le destin tragique a longtemps inspiré la culture occidentale…

Mentionnée dans de nombreux récits mythologiques, dont les plus célèbres sont bien sûr l’Iliade et l’Odyssée, Cassandre est la fille du roi de Troie, Priam, et de sa femme Hécube. La lignée troyenne étant relativement importante et complexe et la plupart des sources attribuant à Priam au moins 19 enfants, nous ne vous ferons pas une liste complète de tous ses frères et sœurs, néanmoins, l’un d’entre eux va avoir son destin mêlé à la princesse avant même sa naissance. Cassandre, ayant reçut le don de prédire l’avenir d’Apollon qui était tombé follement amoureux d’elle, annonce à sa mère alors que celle-ci est encore enceinte de son frère Paris que l’enfant à naître causerait la perte de la cité troyenne. Sachant cela, ses parents abandonnèrent le jeune nouveau-né sur le mont Ida, pensant que l’enfant n’y survivrait pas, mais il fut recueilli par des bergers et deviendra effectivement par la suite l’auteur du rapt consenti d’Hélène lors de sa visite au roi Ménélas à Sparte, le casus belli qui conduira le frère de Ménélas, Agamemnon à déclarer la guerre aux Troyens.

Aimé Millet (1819-1891), Cassandre se met sous la protection de Pallas, 1877, marbre, jardin des Tuileries. Crédits photo : Daniel Stockman, 2010. Licence : Creative Commons
Aimé Millet (1819-1891), Cassandre se met sous la protection de Pallas, 1877, marbre, jardin des Tuileries. Crédits photo : Daniel Stockman, 2010. Licence : Creative Commons CC BY-SA 2.0

Bien que sa prédiction se soit avérée au final exacte et que ses parents l’aient écoutée, Cassandre est bien plus connue pour ses autres prédictions au cours de la guerre de Troie et au destin tragique que connaîtront tous ses proches. Tout au long du conflit, elle n’aura de cesse de prédire les évènements funestes qui adviendront aux troyens, sans qu’elle ne puisse y faire quoique ce soit, et ce pour une raison simple : ses prédictions ne seront plus jamais crues dorénavant. En effet, le tragique du personnage de Cassandre tient en ce don de lire l’avenir offert par le dieu Apollon, mais aussi en une malédiction que lui jeta ce dernier. Lors de leur rencontre, le dieu solaire proposa à la jeune femme de lui permettre de lire l’avenir en échange de leurs ébats amoureux, et la princesse troyenne accepta ce pouvoir tout en se refusant à lui, et en punition, Apollon lui cracha dans la bouche afin que personne ne croit jamais ses prédictions. Pire que cela, au moment où elle avait une vision de l’avenir, la jeune femme entrait désormais dans un état de transe spectaculaire, comparable à des crises d’épilepsie et qui conduisait les autres à la considérer comme folle et à fuir sa présence.

John Collier (1850–1934), Cassandre, 1885, huile sur toile.
John Collier (1850–1934), Cassandre, 1885, huile sur toile.

Ainsi Cassandre verrait l’avenir des siens, sans jamais pouvoir les sauver…  Outre la mort de tous ses prétendants durant la guerre, la condamnant à ne jamais pouvoir se marier, elle vit la plupart des membres de sa famille tués sous ses yeux : d’abord son frère Hector achevé par Achille en combat singulier, puis les meurtres de ses parents et de ses autres frères, parmi lesquels seul son propre frère jumeau Hélénos survécut, lors du sac de la ville. Pourtant, elle avait tenté aussi de prévenir les Troyens du piège fatal tendu par les grecs avec le cheval de bois laissé sur la plage, mais sans succès, et elle ne put rien faire contre l’entrée du cheval dans la ville, juste avant que les Grecs, dissimulés à l’intérieur,  ne profitent de la nuit tombée pour sortir et saccager tout sur leur passage, sonnant ainsi le glas de la glorieuse civilisation troyenne mais aussi l’un des pires évènements de l’existence de Cassandre.

Solomon Joseph Solomon (1860-1827), Ajax and Cassandra, 1886, huile sur toile, Art Gallery of Ballarat, Victoria.
Solomon Joseph Solomon (1860-1827), Ajax and Cassandra, 1886, huile sur toile, Art Gallery of Ballarat, Victoria.

Durant cette terrible nuit, elle est violée par le roi de Locride Ajax alors qu’elle s’agrippait à la statue d’Athéna, l’un des épisodes de la vie du personnage qui a le plus influencé les artistes et a été immortalisé dans de nombreuses peintures. Après son agression, la jeune femme implore la vengeance de la déesse contre cet homme qui a osé commettre un tel crime et profaner un temple sacré. Athéna exécutera finalement  la supplication de Cassandre lors du retour des Grecs chez eux : elle fait couler le bateau d’Ajax dans la mer Egée. Parvenu néanmoins à s’être réfugié sur un rocher, celui-ci maudit les dieux et finit par être à son tour puni de son hybris par Poséidon qui lance une grande vague contre lui afin de l’engloutir.

Jérôme-Martin Langlois (1779-1838), Cassandre implorant la vengeance de Minerve contre Ajax, 1810, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Chambéry.
Jérôme-Martin Langlois (1779-1838), Cassandre implorant la vengeance de Minerve contre Ajax, 1810, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Chambéry.

Cassandre est ensuite ramenée comme captive en Grèce par le roi de Mycènes, Agamemnon, qui tombe amoureux d’elle, en fait sa concubine et conçoit avec elle deux enfants. Malheureusement pour elle, Cassandre sera à nouveau victime de la folie meurtrière des hommes une toute dernière fois qui lui sera fatale. Son ultime prédiction concerne son propre meurtre et celui d’Agamemnon par  la femme de celui-ci Clytemnestre et son amant Egisthe. Ayant pressenti la haine que la reine de Mycènes nourrissait contre son mari et son désir de vengeance, Cassandre le supplia de ne pas retourner auprès de sa femme,  mais pas plus que les autres fois la jeune femme n’est crue, et peu après leur retour, tous deux sont assassinés tour à tour comme elle l’avait prédit. Cassandre  mourut sans regret, après avoir prédit et assisté impuissante à la perte de tous les siens durant la guerre de Troie, néanmoins, les dieux ayant observé qu’elle les avait toujours servis et honorés durant son existence décidèrent de lui réserver une place auprès des héros et des sages dans les Champs-Élysées. La tragédie de Cassandre a en tous cas fortement infusé la culture occidentale et de nombreuses références sont faites à cette situation dans des œuvres de fiction littéraires ou cinématographiques.

Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi, 1817, huile sur toile, Musée du Louvre.
Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi, 1817, huile sur toile, Musée du Louvre.

Sources:

Homère, Iliade (Chant VI, 252 ; Chant XIII, 363 ; Chant XXIV, 699) et Odyssée (Chant XI, 422)

Eschyle, Agamemnon

Virgile, Enéide (Chant II, 245 et 343 ; Chant III, 183)

 

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Une pensée sur “L’oracle que personne ne voulait croire : Cassandre

  • 5 juillet 2018 à 13 h 35 min
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    j’ai beaucoup lu la mythologie grecque adolescente, j’ai apprécié toutes ces histoires et celle de Cassandre et de la ville de Troie est un passage que j’aimais bien. Cette femme a été courageuse car personne ne la croyait mais elle a persistait et affirmé tout ce qui est arrivé. Ensuite au lycée, nous avons étudié l’Iliade et l’Odyssée, j’ai pu continuer à suivre toutes ces aventures, un vrai plaisir à lire!

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