Qu’est-il arrivé aux 7 merveilles? – La Pyramide de Khéops

Des jardins suspendus de Babylone au colosse de Rhodes, en passant par le mausolée d’Halicarnasse ou la pyramide de Khéops… les 7 Merveilles du Monde antique sont sans doute les constructions les plus connues de l’Histoire, acclamées depuis 2000 ans comme des monuments aux proportions ayant dépassé l’entendement. De nos jours, il ne reste qu’un seul de ces chefs-d’œuvre encore debout: la Grande Pyramide de Khéops. Retour aujourd’hui sur ce monument vieux de 4500 ans…

Seul et unique monument de la liste des Sept Merveilles du Monde existant encore aujourd’hui, la pyramide de Khéops est aussi le plus ancien d’entre eux, le début de sa construction remontant à -2560 avant J.C, plus de deux millénaires avant que Phidias n’achève la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie. Mais c’est aussi la merveille de la démesure: on pourrait contenir la totalité des six autres merveilles du monde dans son volume, et avec sa hauteur initiale de 147 mètres, la grande pyramide de la plaine de Gizeh est restée pendant environ 3860 ans la plus haute construction du monde, dépassée seulement au XIVème siècle par la cathédrale de Lincoln (le phare d’Alexandrie étant lui la plus haute tour du monde). Si aujourd’hui le revêtement en calcaire lisse de ses faces a disparu, érodé par le vent au fil des millénaires, la majorité de la superstructure est encore intacte et représente entre 600 000 et 4 millions de blocs de pierre selon les égyptologues, chacun pesant en moyenne 2.5 tonnes, pour un poids total de 5 millions de tonnes, soit le même poids qu’une centaine de paquebots de la taille du Titanic…

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Comparaison de quelques hauts monuments célèbres: à gauche la Cathédrale de Strasbourg, à droite le Dôme des Invalides et derrière la basilique Saint Pierre du Vatican, et bien sûr derrière, la Grande Pyramide de Khéops qui culmine bien au-dessus du second étage de la Tour Eiffel au milieu, et qui n’est dépassé que par quelques flèches gothiques.

C’est tous ces éléments remarquables qui font qu’aujourd’hui encore la pyramide de Khéops fascine : si la date exacte de sa construction ou même le contexte précis qui a mené à son édification ne sont pas connus avec exactitude et sont soumis aux estimations des égyptologues, le plus grand mystère reste la méthode employée pour assembler cette structure avec les moyens rudimentaires à la disposition des égyptiens du IIIème millénaire avant J.C.. Des théories les plus simples comme une rampe gigantesque en adobe, aux plus extravagantes faisant appel à un peuple atlante ou des extra-terrestres, la grande pyramide de Khéops, comme les nombreuses autres de la IVème dynastie, est donc remarquable avant toute chose pour la prouesse architecturale qu’elle représente, ce qui justifie sa présence sur  les premières listes des Sept Merveilles du monde, alors qu’elle est déjà âgée de 2000 ans au moment de la naissance d’Antipatros de Sidon.

Comme son nom l’indique, on considère que la grande pyramide à Gizeh est le monument funéraire construit pour servir de tombeau au pharaon Khéops, deuxième pharaon de la IVème dynastie ayant régné 23 ans entre 2551 et 2526 avant J.C., cette datation pouvant être avancée grâce à une inscription retrouvée sur un des chevrons soutenant la chambre du roi. Sujets d’étude de choix pour les égyptologues étant donné son incroyable état de conservation, les boyaux de cette pyramide ont été explorés à maintes reprises et permettent de distinguer la distribution interne de ses salles et couloirs. L’entrée de la pyramide débouche sur un long couloir descendant, amenant vers une chambre souterraine, croisée par un second couloir remontant lui vers la chambre dite du roi à travers une haute galerie en encorbellement, qui croise un dernier couloir menant à la dernière salle, la chambre dite de la reine.

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Photographie de la grande galerie de la pyramide, qui mène à la chambre du roi. Les hommes assis donnent une idée de la taille impressionnante de ce passage. Source: The call of the stars, 1919, Wellesley College Library.

Il ne faut d’ailleurs pas se fier aux noms donnés aux salles et couloirs : si la fonction de la pyramide comme tombeau du pharaon Khéops ne fait plus de doutes, le rôle joué par toutes ces pièces n’est pas réellement connu, et on ne peut qu’essayer de deviner leur utilité, ces informations n’ayant pas été transmises jusqu’à nous aujourd’hui. Ainsi, la chambre de la reine n’a probablement jamais été le lieu de repos d’une reine égyptienne, le nom ayant été donné par les premiers explorateurs arabes probablement pour la distinguer de l’autre chambre bien plus grande. De même, le rôle joué par la salle souterraine n’est pas clair et a souvent été le sujet de recherches, alimentées à la fois par les hypothèses sur la construction de la pyramide mais aussi sur les légendes parlant de pièces secrètes renfermant le trésor de Khéops ou sa véritable dépouille.

On sait peu de choses sur la période s’étendant de l’époque de sa construction aux premières descriptions réalisées par les auteurs grecs Hérodote et Strabon, eux-même se basant sur des faits transmis oralement depuis des générations et le peu d’informations qu’ils peuvent glaner en explorant la pyramide. Strabon note par exemple qu’il y a vu des lentilles et des épluchures de légume pétrifiées qui auraient été le repas des ouvriers de la grande pyramide de Khéops, tandis qu’Hérodote parle d’inscriptions sur les faces du monument et d’une salle sous la pyramide où se trouverait une île ceinturée d’eau, sur laquelle reposerait le corps du pharaon. Ces témoignages, s’ils nous en apprennent au final peu sur l’époque de sa construction, nous indiquent cependant qu’au Vème siècle avant J.C. la grande pyramide possède encore son parement d’origine, ou encore que ses chambres funéraires demeurent alors inviolées, bien que ce dernier détail ait été remis en question au XXème siècle par Iorwerth E. S. Edwards qui considère qu’elles aient pu être pillées et ensuite condamnées à nouveau.

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Mémoire de Gizeh, 1883, huile sur toile d’Eugen Bracht (1842-1921)

L’Histoire de la plus vieille merveille du monde se poursuit au IXème siècle, après la conquête arabe de l’Égypte, lorsque le calife Al-Mamoun, motivé à la fois par les connaissances qu’il pourrait en tirer, mais aussi par les trésors qui pourraient s’y trouver, décide de mener une expédition à l’intérieur de la grande pyramide de Khéops. Il fit percer un tunnel jusqu’à la galerie descendante, encore utilisé de nos jours pour accéder à l’intérieur de la structure, mais les récits divergent sur ce qui aurait effectivement été trouvé durant cette « fouille »: certains parlent d’un bassin en émeraude rempli d’or, d’autres d’un sarcophage en pierres précieuses contenant une momie en armure dorée… Mais l’hypothèse la plus probable est que Al-Mamoun ait été devancé par des pilleurs de tombes et ait trouvé la chambre du roi dans le même état qu’elle est aujourd’hui, à savoir vide. Le chroniqueur Ibn Khaldoun raconte dans ses prolégomènes que le calife ne cherchait pas en réalité à entrer dans la pyramide mais à détruire ce symbole de l’Ancienne Égypte païenne, avant d’y renoncer par manque de moyens, une histoire similaire à celle qui a vu la disparition du nez du Sphinx.

Dans le monde européen la pyramide de Khéops reste en revanche très méconnue, et rares sont ceux qui en font une description au Moyen-Âge ou à la Renaissance, même au moment où la liste actuelle des sept merveilles du monde antique est établie au XIVème siècle. Il faudra attendre le milieu du XVIIème siècle pour voir des récits décrivant fidèlement la grande pyramide, et notamment celui de l’astronome John Greaves qui fournit le premier plan détaillé de la distribution interne de la structure ainsi que ses mesures dans son ouvrage Pyramidographia. Mais c’est surtout la Campagne d’Égypte dirigée par le général Bonaparte qui constituera la première étude archéologique de grande envergure de la pyramide de Khéops, ainsi que des autres grands monuments de l’Égypte antique, initiant un attrait scientifique pour ces édifices qui aujourd’hui encore ne s’est pas essoufflé et marquant la naissance d’une science, l’égyptologie.

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Peinture de Louis-François Lejeune (1775-1848) conservée au Château de Versailles, représentant la Bataille des Pyramides (21 juillet 1798) ayant eu lieu entre les troupes françaises commandées par Bonaparte et les mamelouks de Mourad Bey, durant la Campagne d’Egypte, à proximité des pyramides de Gizeh. C’est durant cette bataille que Napoléon aurait dit « Songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent »

Peut-être vous demandez-vous donc pourquoi cet article s’intitule « Qu’est devenue la pyramide de Khéops? », puisqu’au contraire des six autres merveilles du monde, cette-dernière est encore debout aujourd’hui. Si aujourd’hui il ne reste effectivement presque rien du colosse de Rhodes ou du mausolée d’Halicarnasse, la grande pyramide a elle aussi connu les ravages du temps et de l’Histoire, et outre les nombreux pillages que le tombeau a subis, la structure est loin d’être dans son état primitif. Les tunnels ont quant à eux souffert des nombreuses explorations, les murs intérieurs ayant été malmenés par des visiteurs parfois trop pressés ou mal intentionnés, tels que des pilleurs de tombes, le sultan Al-Mamoun ou encore des explorateurs, et certains n’ont d’ailleurs pas hésité à laisser des graffitis qui, s’ils ne sont pas toujours pertinents, nous renseignent au moins sur l’histoire de l’exploration de la pyramide de Khéops.

Hormis sur la base de la pyramide, il ne reste plus rien du parement d’origine qui donnait au bâtiment une surface complètement lisse et une couleur blanche reflétant particulièrement la lumière et ayant d’ailleurs donné le surnom local Akouit, la brillante, à la tombe de Khéops. Les pierres du parement, comme pour beaucoup d’autres merveilles, ont été utilisées pour la construction de maisons, temples ou fortifications, faisant là disparaître un témoignage historique précieux,  puisque les explorateurs avaient l’habitude de noter des informations sur ces blocs de calcaire, des inscriptions rapportées seulement d’une façon sommaire par Hérodote et qui auraient pourtant pu nous éclairer sur les méthodes employées pour la construction de la pyramide. En 1837 deux explorateurs, John Shae Perring et Howard Vyse, ont même creusé un puits dans la chambre souterraine dans l’espoir d’y trouver une nouvelle salle inexplorée et un trésor resté inviolé, évidemment sans succès, le trou ayant depuis été rebouché.

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Cette photographie de 1867 montre la grande pyramide sans son parement, révélant tous les blocs de construction à la place de la face lisse d’origine. Il est à noter que depuis les explorations du XIXème siècle, la base de la pyramide a été désensablée. Source: Maisons Bonfils, Librairie du Congrès.

Ces destructions et ravages, s’ils n’ont évidemment pas eu de conséquences fâcheuses pour l’intégrité de la pyramide, sont à rapprocher du destin qu’ont connu les 6 autres merveilles du monde : tous ces monuments, après un lent délabrement faute d’entretien, ont été pillés ou ont servi de carrières de pierres pour construire de nouveaux bâtiments, au gré des conquêtes, reconquêtes et changements de souverains. Si la pyramide de Khéops a survécu, ce n’est pas parce qu’on aurait voulu la protéger davantage qu’un Temple d’Artémis ou un Phare d’Alexandrie : la grande pyramide a avant tout survécu à ces destructions parce que ses milliers de blocs de pierre sont trop lourds pour être facilement emportés.

A la question que nous nous sommes posés dans nos 7 articles sur les merveilles du monde, à savoir que leur est-il advenu, la réponse est finalement toujours la même : elles ont été lentement oubliées puis pillées. Leur rayonnement culturel, lui, en revanche subsistera toujours et continuera d’inspirer autant les artistes que les archéologues désireux de percer leurs secrets et de retrouver les traces, s’il en existe encore, de ces monuments disparus dans les méandres de l’Histoire.

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