Les châteaux de Sissi

Femme de l’empereur François-Joseph d’Autriche qu’elle épousa en 1854, Elisabeth de Bavière, mieux connue sous le surnom de Sissi (1837-1898), est sans doute l’une des souveraines les plus célèbres de l’Histoire, incarnant à merveille le romantisme d’une époque, la fin du XIXème siècle, et d’un monde voué à disparaître. Sa personnalité hors norme et sa vie, qui passa du conte de fée à la tragédie, furent rendues mondialement célèbres à travers la série de films d’Ernst Marischka avec Romy Schneider, et continuent encore aujourd’hui de fasciner les foules. Retour aujourd’hui sur la vie de la plus célèbre des impératrices à travers les châteaux qui ont marqué son existence.

L’enfance : le château de Possenhofen
Vue du château de Possenhofen.
Vue du château de Possenhofen

Situé à une trentaine de kilomètres de Munich, aux abords du lac Starnberg, ce château acquis par les parents de Sissi, le duc et la duchesse de Bavière, quelques années avant sa naissance est l’endroit où la jeune princesse passa son enfance. Elle reviendra toute sa vie dans cet endroit qui lui rappelait les années heureuses où elle n’était pas encore prisonnière de son statut impérial, et son cousin Louis II de Bavière lui y rendit également fréquemment visite depuis le plus jeune âge. C’est d’ailleurs dans un château situé de l’autre côté du lac, le château de Berg, que celui-ci sera envoyé après avoir été déclaré aliéné par une commission d’experts, et dans les eaux de ce lac qu’il sera retrouvé noyé avec son psychiatre le lendemain de son arrivée, le 13 juin 1886. Cet événement, parmi la série de deuils qui frappèrent l’impératrice cette année-là, contribuera à la plonger dans un état de neurasthénie profonde qu’aggravera encore de manière dramatique la mort de son fils Rodolphe en 1889.

Rives du lac Starnberg. Licence Creative Commons. Crédits photographiques : Boschfoto
Rives du lac Starnberg. Licence Creative Commons. Crédits photographiques : Boschfoto
Le mariage avec François-Joseph : le palais de la Hofburg

Si un seul lieu devait symboliser l’Histoire de l’Autriche et de l’Empire des Habsbourg à lui tout seul, ce serait le palais de la Hofburg. Ce qui n’était à l’origine qu’un modeste château-fort édifié en 1220 par les ducs d’Autriche devint le siège du pouvoir impérial des Hasbourg à partir de 1438, qui l’embellirent pendant cinq siècles pour en faire un somptueux palais à leur gloire.  Véritable « ville dans la ville », le palais de la Hofburg est aussi le plus grand édifice de Vienne. Lorsque François-Joseph accède au trône en 1848, la Hofburg n’est « plus que » la résidence d’hiver des Habsbourg, qui passent la belle saison au château de Schönbrunn, également situé aux abords de Vienne. Néanmoins, la Hofburg conserve sa fonction de théâtre du pouvoir  : c’est ici qu’est célébré en 1854 le mariage de François-Joseph avec la jeune Elizabeth, qu’il avait rencontrée un an plus tôt lors d’une entrevue avec sa sœur Hélène. Alors que c’était Hélène qui devait se marier avec l’empereur, à la surprise générale, le jeune roi âgé de 23 ans tomba follement sous le charme de sa petite sœur Sissi, et c’est elle qu’il décida d’épouser plutôt qu’Hélène. Malgré l’affection passionnée que lui portait son époux, l’aversion de Sissi pour le château de la Hofburg est à l’image de son incapacité à se sentir épanouie dans sa vie d’impératrice. Toute sa vie elle aura cherché à fuir ce palais qu’elle appelait sa « cage dorée » et qui lui rappelait l’atmosphère étouffante de la cour impériale et son étiquette, ce qui est assez ironique quand on sait que le château abrite aujourd’hui un musée consacré à l’impératrice…

Vue du palais de la Hofburg
Vue du palais de la Hofburg
Les premières années de mariage : le château de Schönbrunn
Le château de Schönbrunn
Le château de Schönbrunn

Édifié en 1699 par l’empereur Léopold Ier, le château de Schönbrunn, situé à l’ouest de Vienne, s’est imposé au fil du temps comme la résidence d’été impériale de la famille des Habsbourg; c’est ici que mourut le fils de Napoléon Ier et de l’impératrice Marie-Louise, l’Aiglon, en 1832, et ici que naquit l’empereur François-Joseph en 1830. Avant son mariage avec Elisabeth, celui-ci fit aménager de somptueux appartements pour elle au sein du château. Au cours des premières années de son mariage, Sissi trouva refuge dans ce château dont elle recouvrit les murs d’étoffes et tapissa les meubles dans sa couleur préférée, le lilas. Elle y aménagea également son cabinet de travail et bien sûr, comme dans chacune de ses résidences, sa célèbre salle de gymnastique, où elle s’entraînait deux heures par jour pour entretenir sa minceur légendaire.  Bien qu’elle devait servir de résidence d’été, François-Joseph et Sissi y passaient la majeure partie de l’année, le préférant à leur résidence d’hiver. A l’occasion de l’exposition universelle de 1873 organisée à Vienne, le couple impérial réalisa d’importants travaux de restauration au château.  Du côté des jardins, la célèbre palmeraie en verre fut construite entre 1880 et 1882, complétant l’immense zoo édifié dans le parc du château en 1752.

La serre aux palmiers construite d'après les plans de Franz Xaver Segenschmid en 1881-82
La serre aux palmiers construite d’après les plans de Franz Xaver Segenschmid en 1881-82
Sissi, reine de Hongrie : le château de Gödöllő

Situé à une trentaine de kilomètres de Budapest en Hongrie, le château de Gödöllö constituait l’un des lieux de villégiature favoris de l’impératrice, qui se sentait bien mieux accueillie ici qu’à la cour hostile de Vienne. Il faut dire que cet édifice symbolise la longue relation d’amitié qui liait l’impératrice au peuple hongrois. Celle-ci avait pris fait et cause pour les Hongrois,  quelques années après la répression sanglante de la révolution indépendantiste de 1848-49, écrasée par François-Joseph grâce au renfort des troupes russes. Néanmoins, les revendications nationalistes hongroises étaient loin d’être éteintes, et c’est grâce à l’intervention de Sissi que François-Joseph accepte de signer en 1867 le compromis austro-hongrois qui instaure une double monarchie, mettant ainsi les deux pays sur un pied d’égalité et reconnaissant à la Hongrie le statut de nation. François-Joseph et Sissi sont couronnés roi et reine de Hongrie le 8 juin 1867, au cours d’une cérémonie grandiose lors de laquelle Sissi apparaît, selon les dires du compositeur Franz Liszt, au sommet de sa beauté. C’est à cette occasion que leur est offert le château de Gödöllö.  La joie que lui procura ce succès diplomatique raviva l’enthousiasme de Sissi envers son mari,  qui revint alors sur sa décision de ne plus avoir d’enfant, après les trois qu’ils avaient déjà eus ensemble. Un an après ces festivités, c’est à Budapest que Sissi choisit de donner le jour à sa troisième fille Marie-Valérie, la seule de ses enfants qu’elle avait vraiment désirée et qu’elle éleva elle-même.

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Entrée du château de Gödöllő. Licence Creative Commons. Crédits photographiques : oPPÁRÉ.
Le début des malheurs : la Villa Hermès

Malheureusement, la naissance de Marie-Valérie semble marquer la fin de la période heureuse de la vie de Sissi, avant que celle-ci ne subisse une série de deuils qui la marquèrent profondément. Elle perd successivement son frère, sa belle-sœur, et son beau-frère la même année, puis d’autres décès suivirent dans les années qui suivirent. Soucieux de faire plaisir à son épouse dans ces épreuves, François-Joseph fit construire spécialement pour elle un petit château situé dans la réserve naturelle du Lainzer Tiergarten, entre 1882 et 1886. Faisant appel aux meilleurs peintres autrichiens de l’époque tels que Hans Makart, Gustav Klimt ou Viktor Tilgner, il imagine des décors qui feraient de cet édifice un « château de rêve » : ainsi, la chambre à coucher de l’impératrice est ornée de peintures représentant des scènes de l’oeuvre de Shakespeare, Le songe d’une nuit d’été. Quant au nom donné à l’édifice – la villa Hermès-  il provient d’une statue du dieu grec Hermès que Sissi fit installer dans les jardins du château et qui illustre la passion que l’impératrice vouait à la civilisation hellénistique. En effet, elle parcourait la Grèce et l’Asie mineure dès qu’elle le pouvait et suivit toute sa vie des cours de grec auprès de différents répétiteurs pendant les deux longues heures qu’elle passait chaque jour à brosser sa chevelure, si bien qu’elle maîtrisait parfaitement cette langue à la fin de sa vie. Mais néanmoins, malgré tous les efforts déployés par François-Joseph, Sissi passa bien peu de temps dans la villa Hermès, préférant fuir l’Autriche dans ses innombrables voyages.

La villa Hermès
La villa Hermès
Les dernières années: L’Achilleion
L'entrée de l'Achilleion. Licence CC BY 3.0 Creative Commons. Crédits photographiques: Максим Улитин
L’entrée de l’Achilleion. Licence Creative Commons . Crédits photographiques: Максим Улитин

L’Achilleion est la moins connue des résidences de Sissi, et pourtant sans doute celle qui compta le plus dans la vie de l’impératrice. Sissi avait découvert  la petite île sauvage de Corfou en 1861, durant le premier des nombreux voyages qu’elle entreprit dans cette région de la Grèce, et elle était tombée immédiatement sous son charme, l’île remplaçant alors dans son cœur Madère qui avait été la première destination étrangère qu’elle avait élue pour fuir la cour de Vienne. Après avoir séjourné à Corfou à plusieurs reprises, elle décida de s’y faire ériger une villa de style néoclassique, et plus précisément pompéien, qui serait dédiée à son héros mythologique préférée, Achille;  celui-ci incarnant selon elle « l’âme grecque et la beauté de ce paysage et de ce peuple ». Très vite, l’Achilleion devint pour l’impératrice vieillissante un échappatoire vital, puisque c’est au début des travaux, en 1889, que son fils l’archiduc Rodolphe décéda dans des circonstances mystérieuses et tragiques au pavillon de chasse de Mayerling, la laissant psychologiquement anéantie. Une fois la construction achevée, deux ans plus tard, Sissi se chargea elle-même de la décoration du palais, se procurant plusieurs statues représentant le célèbre héros de l’Iliade dans différentes galeries, notamment auprès de la galerie Borghèse à Rome, et faisant ramener de Vienne divers objets et œuvres d’art, comme le célèbre portrait de Winterhalter la représentant à 21 ans.

Terrasse et péristyle des muses. Licence Creative Commons. Crédits photographiques : Marc Ryckaert.
Terrasse et péristyle des muses. Licence Creative Commons. Crédits photographiques : Marc Ryckaert.

Peu après son installation, elle fit découvrir le château à son mari et à leur fille l’archiduchesse Marie-Valérie, pour lesquels elle aménagea les appartements de l’étage tandis qu’elles se réserva ceux du rez-de-chaussée. Néanmoins, c’est seule qu’elle se rendra toutes les années au printemps dans cette villa, qui symbolisait pour elle une consolation de la mort de son fils de laquelle elle ne se remit jamais complètement. D’ailleurs, l’histoire raconte qu’elle gardait en permanence sur elle un petit album de photographies de l’édifice et ses jardins, qui restera dans son cœur jusqu’à son tragique assassinat par l’anarchiste italien Luigi Luccheni à Genève en 1898.

Statue d'Achille. Licence Creative Commons CC BY-SA 4.0. Crédits photographiques : Rosa-Maria Rinkl.
Statue d’Achille. Licence Creative Commons CC BY-SA 4.0. Crédits photographiques : Rosa-Maria Rinkl.
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