Ces rois et reines de France qui sont tombés amoureux

Parce que mariage arrangé n’a pas toujours rimé avec manque d’amour, et que contrairement à ce qu’on s’imagine, tous les rois de France n’ont pas multiplié les maîtresses au cours de leur règne,  nous vous proposons aujourd’hui de partir à la rencontre de ces 5 couples royaux de notre Histoire qui se sont voués un amour profond et véritable et suscitent l’admiration par la force des sentiments qui les liaient…

Louis VIII et Blanche de Castille : plutôt mourir que commettre l’adultère

Souverain au règne bref coincé entre ceux de deux rois illustres, son père Philippe-Auguste et son fils Louis IX, Louis VIII fut pourtant doté de nombreuses qualités : sa bravoure, qui lui valut le surnom de « Louis VIII le Lion », ses valeurs morales, mais aussi l’exemplarité de sa relation avec sa femme, la célèbre reine Blanche de Castille.

Couronnement de Louis VIII et Blanche de Castille à Reims en 1223. Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet vers 1455-1460 Paris, BnF, département des Manuscrits
Couronnement de Louis VIII et Blanche de Castille à Reims en 1223. Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet vers 1455-1460. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits.

L’union entre Blanche de Castille et Louis VIII obéissait pourtant avant tout à des enjeux diplomatiques. Après le décès de son fils, le roi d’Angleterre Richard Coeur de Lion, en 1199, Aliénor d’Aquitaine souhaite mettre un terme aux rivalités qui ont opposé la royaume capétien de Philippe-Auguste et le royaume Plantagenêt de Richard.  Malgré son grand âge, elle entreprend alors un voyage à la cour de Castille afin d’y choisir la jeune princesse qui épousera le fils et successeur de Philippe-Auguste, Louis. Ce sera Blanche, dont le mariage avec le futur Louis VIII sera célébré le 23 mai 1200 en Normandie, alors sous domination anglaise. Blanche est âgée de douze ans et Louis de treize ans, mais les deux jeunes gens deviennent rapidement très épris l’un de l’autre. Blanche fait preuve d’une maturité et d’une force de caractère qui séduit Louis, et elle n’hésite d’ailleurs pas à s’opposer à son beau-père, l’intimidant Philippe-Auguste, pour défendre son mari.  A partir de 1205 naîtra le premier de leur douze enfants, une progéniture dont Blanche veille sur l’éducation de manière étroite et à laquelle elle transmet sa ferveur religieuse.

Joseph-Marie Vien (1716–1809), Saint Louis, roi de France, remettant la régence à sa mere Blanche de Castille, huile sur toile.
Joseph-Marie Vien (1716–1809), Saint Louis, roi de France, remettant la régence à sa mère Blanche de Castille, huile sur toile.

Lorsque Louis accède au trône sous le nom de Louis VIII en 1223, le couple montre également son unité dans la gestion des affaires du royaume. Blanche est étroitement associée aux décisions de son mari, et lorsque celui-ci est choisi pour diriger la nouvelle croisade contre les Albigeois, en 1225, il n’hésite pas à la nommer régente du royaume. Malheureusement pour lui, Louis VIII n’aura jamais l’occasion de revoir sa femme. Atteint de la dysenterie, il s’éteint au château de Montpensier en 1226, après seulement trois années de règne. L’histoire raconte que les médecins exhortèrent le roi à partager son lit avec une jeune vierge afin de revigorer sa santé, conformément à une croyance répandue à cette époque, mais Louis VIII refusa obstinément de commettre ce péché d’adultère, mû à la fois par sa piété et par son amour envers Blanche. Après sa mort, Blanche fut d’ailleurs profondément affectée et on raconte qu’elle songea elle-même à se donner la mort. Finalement, elle aura le courage de prendre les rênes du royaume pour assurer la régence durant la minorité de son fils Louis, le futur Saint-Louis, âgé de douze ans au moment de son accession au trône.

La mort de Louis VIII, gravure par François Boucher (1703-1770).
La mort de Louis VIII en 1226, gravure par François Boucher (1703-1770).
Louis IX dit Saint-Louis et Marguerite de Provence : l’amour envers et contre la belle-mère

C’est Blanche de Castille qui organise en 1234 le mariage de son fils âgé de 20 ans avec la fille du comte de Provence, âgée de 13 ans, espérant pouvoir à terme rattacher ce comté indépendant à la couronne de France.  Si ce mariage poursuit donc avant tout des visées politiques, les deux jeunes gens tombent pourtant immédiatement amoureux l’un de l’autre. Marguerite est louée pour sa piété, sa douceur et son esprit vif chantés par les troubadours. Les premières années suivant le mariage font craindre une stérilité de Marguerite qui ne parvient pas à donner d’enfant au roi, mais au bout de six ans, elle donne enfin naissance à une fille, Blanche, qui sera suivie par dix autres enfants. La relation entre Louis IX et Marguerite est celle d’un couple très amoureux dont les rapports sont contrariés par les multiples intrusions de Blanche de Castille dans leur vie conjugale (ce qui peut paraître étrange étant donné la relation fusionnelle qu’elle-même avait entretenu avec son mari Louis VIII). La reine-mère faisait en effet preuve d’une jalousie assez marquée envers sa bru et elle estimait, selon le biographe de Saint-Louis Jean de Joinville, qu’il suffisait que son fils passe les nuits avec son épouse et qu’il n’avait pas à chercher sa compagnie durant la journée. Pour se retrouver en toute tranquillité, le couple effectuait de fréquents séjours au château de Pontoise doté d’un escalier à vis qui leur permettait de se retrouver à l’abri du regard de Blanche et de jouir de davantage d’intimité. Si Louis IX a toujours eu à cœur de soutenir sa femme, comme lorsqu’il reste à ses côtés pendant un accouchement difficile malgré l’avis de sa mère qui estime que ce n’est pas là la place d’un roi, Marguerite de son côté choisit d’accompagner son mari lors de la croisade de 1248 en Égypte, expédition qui durera 8 ans et au cours de laquelle elle donnera naissance à trois de leurs enfants.

Fleury François Richard (1777–1852), La Déférence de saint Louis pour sa mère, 1808, huile sur toile, château d'Arenenberg.
Fleury François Richard (1777–1852), La Déférence de saint Louis pour sa mère, 1808, huile sur toile, château d’Arenenberg.

Néanmoins, malgré l’amour profond qui les unit, Marguerite ne jouera jamais de rôle politique auprès de son mari, préférant d’ailleurs se tenir à l’écart des affaires du royaume. Profondément soumis à l’influence de sa mère au début de son règne, Saint-Louis gagnera peu à peu en indépendance et en autonomie, et c’est contre l’avis de celle-ci qu’il choisira de prendre la croix en 1248. Retirée à Melun, Blanche meurt en 1252, sans avoir pu revoir son fils qui ne reviendra à Paris avec sa femme qu’en 1254. Face à l’échec de cette septième croisade, Louis IX n’a qu’une idée en tête  : repartir combattre en Terre Sainte, ce qu’il fera en 1270, sans Marguerite cette fois. Malheureusement, cette huitième croisade sera fatale au souverain qui décédera sous les remparts de Tunis le 25 août de la même année. Marguerite survivra 25 ans à son mari, et tentera en vain durant les dernières années de sa vie de rattacher la Provence au royaume de France. Finalement, son image restera associée pour toujours à celle de son bien-aimé époux, considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands rois de l’Histoire de France et canonisé par l’Église en 1297.

La mort de Saint Louis, école française du XIXème siècle.
La mort de Saint Louis, école française du XIXème siècle.
Charles V et Jeanne de Bourbon : « Elle est ma  belle lumière et le soleil de mon royaume »

Premier roi de France à porter le titre de dauphin, lors du règne de son père Jean II Le Bon, Charles V est resté dans l’Histoire comme un souverain paré de nombreuses qualités : roi bâtisseur, amateur des arts et de la culture, il sut reconquérir une grande partie du royaume occupé par les Anglais grâce à l’aide de son célèbre connétable Bertrand du Guesclin.

Mais Charles n’est encore que le jeune héritier du trône âgé de douze ans lorsqu’il épouse en 1350 sa cousine Jeanne de Bourbon, également du même âge, une union pour laquelle leurs parents ont obtenu l’aval du pape en dépit de leur lien de parenté. Après la célébration du mariage, on découvre très vite que les deux jeunes gens ont de nombreux points communs : outre leur ascendance commune et leur âge, ils partagent le même goût pour les études et la même clairvoyance politique. Charles V est d’ailleurs très vite amené à faire ses preuves lorsque son père Jean II est capturé par les Anglais en 1356 et qu’il doit exercer la régence dans un royaume en proie aux conflits sociaux, notamment la révolte des Parisiens orchestrée par le prévôt des marchands Etienne Marcel en 1358. Cette crise sera gérée habilement par le jeune dauphin,  et tout au long de son règne personnel qui débute en 1354, il fera preuve d’une grande diplomatie et saura s’adjoindre les conseils avisés de son épouse. Cette-dernière siégeait d’ailleurs à ses côtés aux conseils de guerre.

Charles V et Jeanne de Bourbon, Paris, musée du Louvre. Provenant probablement des décors extérieurs du Louvre, ces sculptures furent restaurées au xixe siècle par Alexandre Lenoir en Louis IX et Marguerite de Provence, ce qui explique la présence d'une maquette de la Sainte-Chapelle de Paris dans la main gauche du roi. Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0. Crédits photographiques : Miniwark (2006)
Charles V et Jeanne de Bourbon, Paris, musée du Louvre. Provenant probablement des décors extérieurs du Louvre, ces sculptures furent restaurées au XIXème siècle par Alexandre Lenoir en Louis IX et Marguerite de Provence, ce qui explique la présence d’une maquette de la Sainte-Chapelle de Paris dans la main gauche du roi. Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0. Crédits photographiques : Miniwark (2006)

Uni dans la gestion du royaume, le couple l’est aussi dans la vie de tous les jours. Atteint d’une infirmité à la main qui l’empêche de partir au combat, Charles V est très soutenu par son épouse, qui le conseille également dans ses projets artistiques, comme la création de la première bibliothèque royale, installée dans le donjon du Louvre et qui deviendra bien plus tard la Bibliothèque nationale de France. Ils ont ensemble huit enfants, mais seul deux d’entre eux atteindront l’âge adulte, dont le dauphin Charles, futur Charles VI. Même si la mortalité infantile était très élevée à cette époque, il est fort possible que leur consanguinité ait eu des conséquences sur la santé de leur progéniture et soit responsable des troubles psychiatriques que déclarera Charles VI à l’âge adulte. Quoiqu’il en soit, ces deuils successifs n’entament pas l’amour du couple, et la poétesse Christine de Pizan, qui vécut à la cour du roi à partir de 1368, raconte que le roi était toujours joyeux et plein d’esprit en présence de sa femme, disant de celle-ci :  « Elle est ma belle lumière et le soleil de mon royaume« .

Charles V et Jeanne de Bourbon, roi et reine de France, avec leurs enfants Charles, Louis, Marie et Isabelle, en 1374. Miniature du "Rational des divins offices" du Frère Jehan Golem, carme, que l'on voit au centre.
Charles V et Jeanne de Bourbon, roi et reine de France, avec leurs enfants Charles, Louis, Marie et Isabelle, en 1374. Miniature du « Rational des divins offices » du Frère Jehan Golem, carme, que l’on voit au centre. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Lorsqu’en 1378, Jeanne meurt en couches à  l’âge de 40 ans à la naissance de leur neuvième enfant, Charles V en est profondément affecté et veille son corps pendant six jours sans parler ni manger à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Ainsi que le souligne Christine de Pizan, la perte de sa femme lui fait perdre tout goût à la vie: « Le roi fut très dolent du trépas de la reine ; malgré sa grande vertu de constance, cette séparation lui causa si grande douleur et dura si longtemps que jamais on ne lui vit pareil deuil : car moult s’aimaient de grande amour. » Il suivra d’ailleurs sa bien-aimée dans la tombe deux ans plus tard en 1380.

Funérailles de la reine Jeanne de Bourbon avec le roi Charles V. Enluminure, chroniques de France ou de Saint-Denis. Fin du XIVème siècle.
Funérailles de la reine Jeanne de Bourbon avec le roi Charles V. Enluminure, chroniques de France ou de Saint-Denis. Fin du XIVème siècle.
Henri III et Louise de Lorraine-Vaudémont : un mariage d’amour en pleine Renaissance

Même si les mariages arrangés sont la norme en matière d’épousailles royales, au XVIème siècle, une union dérogea néanmoins à cette règle : celle de Louise de Vaudémont-Lorraine avec le roi de France Henri III, qui choisit lui-même son épouse contre l’avis de sa mère, l’influente Catherine de Médicis. En 1572, alors qu’il n’était encore que le duc d’Anjou et que son frère Charles IX régnait sur le pays, le futur Henri III rencontre la jeune Marie de Clèves, introduite à la cour avec ses sœurs. Henri n’a que 21 ans et Marie 19, mais tous deux tombent follement amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, Marie doit se marier la même année à un jeune homme austère, le duc de Condé, et Henri part quelques mois plus tard en Pologne, ayant été élu roi de ce pays. Cependant, cette séparation géographique sera de courte durée car Charles IX meurt le 30 mai 1574 et Henri est appelé à lui succéder sur le trône de France sous le nom de Henri III.  Il espère pouvoir épouser Marie de Clèves à son retour, mais hélas, la jeune femme meurt en couches le 30 octobre de la même année, laissant le jeune homme en proie au désespoir.

A gauche: portrait de Marie de Clèves (1553-1574) par François Clouet, 1571. A droite : portrait de Louise de Lorraine (1503-1601) par Jean Rabel, 1575, huile sur panneau, musée Czartoryski.
A gauche: portrait de Marie de Clèves (1553-1574) par François Clouet, 1571. A droite : portrait de Louise de Lorraine (1503-1601) par Jean Rabel, 1575, huile sur panneau, musée Czartoryski.

Mais un roi ne pouvant régner sans épouse à ces côtés, Henri III doit donc s’occuper de prendre femme. Il songe alors à la jeune Louise de Vaudémont-Lorraine, cousine du duc de Lorraine à la cour duquel Henri s’était arrêté durant son trajet vers la Pologne. Celle-ci, célébrée pour sa douceur et son humilité, est une jeune fille blonde au teint pâle et aux grands yeux bruns qui affiche une troublante ressemblance physique avec Marie de Clèves, étant d’ailleurs née la même année qu’elle. Il n’en faut pas plus pour qu’Henri III décide d’en faire sa femme, contre l’avis de sa mère et des nombreux conseillers qui jugent ce parti trop médiocre pour un roi de France, et le couple se marie le 15 février 1575, deux jours après le sacre d’Henri III à la cathédrale de Reims. C’est le début d’un amour conjugal sincère et réciproque entre les deux époux, qui sont tous les deux très proches. Louise est associée à toutes les fêtes et réceptions organisées par Henri III, et elle assiste également au Conseil du roi, à l’ouverture des États généraux organisés à Blois en 1588, ainsi qu’à la pose de la première pierre du Pont-neuf en 1578. Malheureusement, après une fausse couche dramatique en 1575, Louise ne parviendra jamais à retomber enceinte, un drame familial qui, loin d’éloigner le couple, les unit davantage, et c’est ensemble qu’ils effectuent de nombreux pèlerinages et cures thermales dans l’espoir de conjurer le sort. Malgré la stérilité de sa femme, Henri III ne songera jamais à se séparer d’elle, et s’il eut plusieurs liaisons durant son règne, il eut toujours à cœur de ne jamais accorder une trop grande importance à ses maîtresses, afin de ne pas blesser Louise qui avait toujours la préséance dans son cœur.

Bal à la cour d’Henri III, peinture, école française, vers 1580. Musée du Louvre. Le roi apparaît en bas à gauche, la reine Louise est en robe rose face au spectateur.
Bal à la cour d’Henri III, peinture, école française, vers 1580. Musée du Louvre. Le roi apparaît en bas à gauche, la reine Louise est en robe rose face au spectateur.

Finalement, lorsqu’Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément au château de Saint-Cloud en 1589, Louise se retrouve veuve, et n’ayant pas pu donner d’enfant à son époux, la couronne échoit au cousin de son défunt mari, Henri IV de Navarre. Sous le règne d’Henri IV, Louise reçoit en douaire plusieurs terres ayant appartenu à son époux ainsi que le château de Chenonceau, propriété de l’ancienne reine-mère Catherine de Médicis. Ne portant désormais que du blanc, couleur du deuil à cette époque, elle s’installa pendant 11 ans au château de Chenonceau, où elle décora sa chambre dans une ambiance funèbre rappelant son chagrin : elle tend les murs entièrement de noir et y fait installer plusieurs objets comme des croix, les pelles et les pioches ayant servi à l’inhumation de son époux ou encore des cornes d’abondance déversant des larmes. Finalement, Louise de Lorraine s’éteindra au château de Moulins en 1601, et son corps repose aujourd’hui dans la crypte des rois de la basilique Saint-Denis.

Le château de Chenonceau.
Le château de Chenonceau.
Louis-Philippe et Marie-Amélie : le bonheur du couple bourgeois

Fils du prince Philippe-Egalité, célèbre pour avoir voté la mort de son propre cousin Louis XVI,  Louis-Philippe d’Orléans est au début du XIXème siècle un jeune prince en exil qui parcourt les États-Unis puis l’Angleterre, avant de trouver refuge à la cour du roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles en Italie en 1809. Déjà âgé de 37 ans et songeant alors à se marier, Louis-Philippe trouve un bon parti en la personne de la fille de Ferdinand Ier, la princesse Marie-Amélie. Néanmoins, celle-ci se trouve aussi être la fille de Marie-Caroline, sœur aînée de Marie-Antoinette, et ce projet d’union entre un prince issu de la branche d’Orléans, alors considérée comme régicide, et une princesse de la famille de Bourbon pouvait paraître au premier abord désavantageuse pour Marie-Amélie. Mais bien au contraire, la jeune princesse est ravie de cette proposition : âgée de 27 ans et désespérant de ne pas pouvoir se marier, elle songeait alors à entrer au couvent. En outre, les deux jeunes gens se plaisent l’un à l’autre, et c’est à la fin de l’année 1809 que leur mariage est célébré à Palerme, où ils s’installent ensuite au palais de la famille d’Orléans.

Louis-Philippe, la famille royale et le roi Léopold Ier visitant la grande salle des Croisades en juillet 1844, Prosper Lafaye (1806-1883), 1845, huile sur toile, musée du château de Versailles.
Louis-Philippe, la famille royale et le roi Léopold Ier visitant la grande salle des Croisades en juillet 1844, Prosper Lafaye (1806-1883), 1845, huile sur toile, musée des châteaux de Versailles et de Trianon.

Si leur mariage fut donc décidé comme un mariage de raison, très vite, Louis-Philippe et Marie-Amélie développent un réel amour conjugal fondé sur la confiance et l’intimité partagée. Après la naissance de quatre enfants entre 1810 et 1814, le couple peut regagner Paris au moment de la Restauration en 1815, et ils s’installent au Palais-Royal, demeure de la famille d’Orléans avant la Révolution, où six autres enfants voient le jour. Mais c’est aussi au château de Neuilly-sur-Seine qu’ils aiment à se retrouver en famille, dans une intimité bourgeoise qui tranche avec la vision du couple prévalant au sein de l’aristocratie à cette époque, fondée sur un lien de déférence et sur l’idée que mari et femme devaient mener des vies sociales bien séparées. A l’inverse, Louis-Philippe et Marie-Amélie partagent le même lit, chose extrêmement rare dans l’aristocratie à cette époque, ils se tutoient, et on les croise souvent en train de se promener au bras l’un de l’autre dans les allées du jardin des Tuileries. Enfin, fait également assez rare à cette époque, notamment dans les milieux aristocratiques, Louis-Philippe se montrera toute sa vie fidèle à son épouse.

La reine Victoria et le prince Albert reçus au château d'Eu par le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie. Peinture de Franz Xaver Winterhalter (1805-1873).
La reine Victoria et le prince Albert reçus au château d’Eu par le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie. Peinture de Franz Xaver Winterhalter (1805-1873).

Lorsque la Révolution des Trois Glorieuses éclate en juillet 1830 contre le régime du roi Charles X et que Louis-Philippe est appelé à monter sur le trône pour devenir roi des Français, le couple ne changera pas grand chose à son mode de vie et à cette image sentimentale du couple et de la famille qu’ils incarnent aux yeux de leurs contemporains. Désireux de préserver leur vie privée, ils inscrivent leurs fils au lycée Henri IV, afin qu’ils reçoivent la même éducation que les garçons de leur âge. En plein milieu du règne, en 1842, un drame personnel, la mort de leur fils aîné Ferdinand-Philippe dans un accident de calèche alors qu’il se rendait à leur résidence de Neuilly, affecte profondément le couple tout en contribuant à les lier encore davantage l’un à l’autre. Finalement, Louis-Philippe sera contraint d’abdiquer face à la clameur révolutionnaire qui éclate en 1848, et le couple trouvera refuge en Angleterre, au château de Claremont, où ils seront rejoints par le reste de leur famille et où l’ancien roi des Français s’éteindra à peine deux ans plus tard en 1850. Marie-Amélie survécut seize ans à la mort de son mari, entourée de ses enfants et ses petits-enfants, mais il restera pour toujours le grand amour de son existence, et elle dira d’ailleurs de lui qu’il fut « celui qui a fait pendant quarante et un ans le bonheur de ma vie« , reposant aujourd’hui à ses côtés pour l’éternité dans la nécropole familiale de Dreux.

Le roi Louis-Philippe et ses fils sortant par la grille d’honneur du château de Versailles après avoir passé une revue militaire dans les cours, 10 juin 1837, Horace Vernet, 1846, huile sur toile, musée des châteaux de Versailles et de Trianon.
Le roi Louis-Philippe et ses fils sortant par la grille d’honneur du château de Versailles après avoir passé une revue militaire dans les cours, 10 juin 1837, Horace Vernet, 1846, huile sur toile, musée des châteaux de Versailles et de Trianon.
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